La problématique du partage des eaux entre pays riverains
Le
dernier sommet extraordinaire de l'Union africaine qui vient de se dérouler à
Syrte (Libye, Février 2004) a été l’occasion de la discussion autour de la
problématique du partage des eaux, source de tensions sérieuses qui marqueront
le 21e siècle. Le risque de conflit existe dès lors qu'un cours d'eau est
partagé et exploité par plusieurs pays. Or, dans le monde, plus de 300 bassins
hydrographiques majeurs représentant 60 % des terres émergées, ont des
dimensions internationales et sont partagés par deux ou plusieurs pays. Outre
les cas souvent cités du Moyen-Orient, l'exemple le plus significatif, pour
rester dans le continent africain, est celui du Nil. En mai 1978 déjà, Anouar al
Sadate, qui présidait aux destinées de l'Egypte, avait menacé d'entrer en guerre
si l'Ethiopie entreprenait de construire un barrage sur le lac Tana où prend sa
source le Nil Bleu.
Heureusement, aujourd'hui, c'est la perspective pacifique de coopération autour
du partage de l'eau qui l'emporte, comme l'indique l'initiative du bassin du Nil
lancée en février 1999 par les ministres de l'Eau des dix pays traversés par ce
fleuve long de 6 700 km, mais au débit en constante diminution : Egypte, Soudan,
Ouganda, Ethiopie, Erythrée, Burundi, Rwanda, Kenya, Tanzanie et République
démocratique du Congo.
Sur une
superficie de 3 millions de km2, ce sont environ 300 millions d'habitants qui
sont concernés par le Bassin du Nil, et ils sont souvent différents par
l'histoire, la culture et le niveau de développement surtout. Leur
caractéristique commune est de vivre dans une région synonyme de pauvreté,
d’instabilité, de forte croissance démographique et de dégradation de
l'environnement. Les dirigeants de ces pays ont compris qu'ils ont tout intérêt
à coopérer pour sortir de cette situation. Dans ce sens, ils ont élaboré un
programme comprenant une action environnementale transfrontalière, des échanges
régionaux d'électricité, l'utilisation rationnelle des ressources hydriques pour
la production agricole, la planification et la gestion des ressources hydriques,
le renforcement de la confiance mutuelle par la communication, la formation, le
développement socio-économique et le partage des avantages.
Sur la
question du partage de l'eau, on sait très peu de choses concernant l'Algérie.
Les trois pays du Maghreb sont classés parmi les pays qui connaissent une
situation de stress hydrique (moins de 1000 m3/hab/an) avec tendance vers une
situation de pénurie d'eau (moins de 500 m3/hab/an) après 2025. Mais, là aussi,
c'est l'esprit de coopération qui domine. La Charte maghrébine pour la
protection de l'environnement et le développement durable (signée en novembre
1992) appelle à «préserver les nappes aquifères non renouvelables en assurant
une exploitation rationnelle de ces nappes dans le cadre d'une collaboration
entre les Etats des pays du Maghreb.
Au cours
d'une réunion des ministres de l'eau et de l'irrigation des pays membres de l'UMA,
tenue à Alger en avril 2003, il a été évoqué le transfert d'eau d'un pays membre
à un autre. Les pays de l'UMA tentent de définir une politique commune de l'eau
avec création d'un conseil de l'eau et d'un observatoire. Des problèmes –
mineurs ou majeurs, les appréciations diffèrent selon les spécialistes – se
posent aux frontières est et ouest de l'Algérie, mais ce sont surtout les
interférences des nappes aquifères du bas-Sahara qui focalisent l'attention. Le
grand bassin sédimentaire du Sahara septentrional est constitué de deux nappes,
le continental intercalaire et le complexe terminal. Ce bassin s'étend sur un
million de km2, répartis entre l'Algérie (700 000 km2), la Libye (250000 km2) et
la Tunisie (80 000 km2). Le plus grand bassin est constitué par le continental
intercalaire, une nappe fossile, appelée nappe albienne, estimée à 60 000
milliards de m3. Des experts laissent entendre que l'estimation du volume
qu'elle emmagasine est théorique et pourrait être, en réalité, bien inférieure.
Ils recommandent, en tout cas, la prudence quant à son exploitation, surtout que
ces ressources ne sont pas renouvelables à un rythme correspondant aux exigences
du développement durable. Pour la nappe albienne, le temps de renouvellement est
estimé à 70 000 ans.
L'Observatoire
du Sahel et du Sahara, une institution régionale, travaille à en assurer une
exploitation basée sur la concertation entre les trois pays concernés afin de
respecter les intérêts de chacun d'eux. Ces nappes sont déjà très largement
utilisées dans les trois pays (550 millions de m3 en Tunisie, 330 millions de m3
en Libye et 1,33 milliard de m3 en Algérie). Un bureau d'études français, SAFEGE,
a été chargé de l'étude de faisabilité du transfert de ces eaux sur une courte
distance vers les Hauts Plateaux. La Libye exploite trois nappes dont une seule
est partagée avec l'Algérie et la Tunisie.